Page:La Révolution surréaliste, n02, 1925.djvu/14

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ENQUÊTE

cool, l’oubli, l’amour. Et nous avons le temps. Demain peut-être ?

On demande une autre solution.

M.ANDRÉBRETON:

« Le suicide est un mot mal fait ; ce qui tue n’est pas identique à ce qui est tué. » (Théodore Jouffroy.)

M.ANTONINARTAUD:

Non, le suicide est encore une hypothèse. Je prétendsavoirle droit de douter du suicidecomme de tout le reste de la réalité II faut pour l’instant et jusqu’à nouvel ordre douter affreusementnon pas à proprement parler de l’existence, ce qui est à la portée de .n’importe qui, mais de l’ébranlement intérieur et de la sensibilité profonde des choses, des actes, de la réalité. Je ne crois à rien à quoi je ne sois rejoint par la sensibilité d’un cordon pensant et comme météorique, et je manquetout de mêmeun peu trop de météores en action. L’existence construite et sentante de tout homme me gêne, et résolument j’abomine toute réalité. Le suicide n’est que la conquête fabuleuse et lointaine des hommes qui pensent bien, mais l’état proprement dit du suicide est pour moi incompréhensible. Le suicide d’un neurasthénique est sans aucune valeur de représentation quelconque, mais l’état d’âme d’un homme qui aurait bien déterminé son suicide, les circonstances matérielles, et la minute du déclenchementmerveilleux.J’ignore ce que c’est que les choses,j’ignore tout état humain, rien du monde ne tourne pour moi, ne tourne en moi. Je souffre affreusement de la vie. 11n’y a pas d’état que je puisse atteindre. Et très certainement je suis mort depuis longtemps,je suis déjà suicidé. On m’a suicidé, c’est-à-dire. Mais que penseriez-vousd’un suicideantérieur,d’un suicide qui nous ferait rebrousser chemin, mais de l’autre coté de l’existence, et non pas du côté de la mort. Celui-là seul aurait pour moi une valeur. Je ne sens pas l’appétit de la mort, je sens l’appétit du ne pas être, de n’être jamais tombé dans ce déduit d’imbécillités, d’abdications, de renonciations et d’obtuses rencontres qui est le moi d’Antonin Artaud, bien plus faible que lui. Le moi de cet infirme errant et, qui de temps en temps vient proposerson ombre sur laquelleluimême a craché, et depuis longtemps, ce moi béquillard, et traînant, ce moi virtuel, impossible, et qui se retrouve tout de même dans la réalité. Personne comme lui n’a senti sa faiblesse qui est la faiblesse principale, essentielle de l’humanité. A détruire, à ne pas exister. M. VICTORMARGIERITTE

Le suicide est une solution comme une autre. Je pense cependant que si jamais la volonté humainese manifeste,dans ce rêve plus ou moins éveilléqu’est la vie, c’est à la minute où l’être décidede se réendormir,définitivement... Il faut croire à la volonté... Au moins dans cette manifestation-là!

En douter serait singulièrement 

affadir le songe, ainsi privé jusque du précieux sel de la mort.

M.GEORGESRESSIÈRE

Je ne voulus pas vivre, car si j’eusse pu aussi penser, je n’aurais pas demandé cet afflux de heurts. Vivre ?

J’en vis un aujourd’hui, place Pigalle, qui vivait, mais pour ça il avait le torse nu, se faisait lier de chaînes et se détachait, ensanglanté; puis il faisait la quête. Quelleétait la part de sa volonté ? Cellequi lui ordonnait de souffrir, pour moins souffrir, pour mieux manger...

Il ne me reste plus que celle-làqui ordonne le rêve, première mort. La deuxième est indifférente !

Pourquoi ? Dois-jeme suicider une autre 

fois ?

Oui ! Après avoir suffisammenthalluciné les autres, et moi-même.

M.MANRAY:

M.PIERRENAVILLE

La vie ne comportepas de solutions. Les multiples sollicitudesdont je suis le mobile ne nu; font pas l’effet d’être autre chose que l’objet même de mon désir. Un voile tamise l’univers devant l’homme que les privations ou les excitations ont déséquilibré; le monde se brouilledéfinitivement à la vue du moribond. Je veux dire qu’à cette minute où le sommeilsembleoccuper définitivementen nous toute la profondeur de l’existence, il y a un attachement soudain à