Page:La Revue blanche, t20, 1899.djvu/26

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Pour les bibliophiles, la Chine est un pays de Cocagne. Le nombre des livres existants est absolument incalculable ; le nombre des publications annuelles (journaux non compris) par toute la Chine excède très probablement le demi-million. Et les prix des livres sont infimes. Un roman ordinaire coûte quelque chose comme un sou. Les volumes les plus chers coûtent à peu près deux francs. Il n’y a que les ouvrages illustrés et les livres publiés aux frais de l’Etat qui atteignent des prix plus considérables. Il est vrai qu’un volume contient rarement plus de 150 pages ; mais le temps qu’il faut pour se distraire en lisant un roman chinois de 150 pages, suffirait pour lire au moins six ou sept volumes de nos in-18 jésus. Le roman Sankouo-chi, mentionné plus haut, 21 volumes in-12, coûte à Canton 1 fr. 25. Les neuf livres canoniques ensemble coûtent (dans une édition excellente) 3 fr 50. Et on peut acheter le grand dictionnaire Khang-hi-tsze-tian, le grand Larousse chinois, 21 volumes in-8°, sur papier jaune, pour 7 fr. 50 !

Aussi une bibliothèque bien pourvue est-elle de rigueur dans toute maison qui se respecte. La question des bibliothèques populaires, communales, municipales, départementales et nationales, est singulièrement mieux résolue que chez nous. Du reste, tout le monde a une petite bibliothèque, fût-ce un recueil de romans populaires, qui remplacent avantageusement les faits divers de nos journaux, se vendent pour un centime à tous les coins de rue, et sont « de la littérature ». On rencontre à chaque instant des librairies ambulantes dans les rues — comme à Paris les camelots : et des magasins se trouvent dans toutes les rues principales. Deux dispositions législatives favorisent l’énorme trafic de livres qui se fait journellement. D’abord il n’y a pas de censure ; il n’existe que la défense absolue de publier des ouvrages concernant la dynastie régnante, et cela ne veut pas dire grand’chose puisque personne ne s’en occupe. Et puis, il n’y a pas de droit d’auteur, qui serait du reste