Page:La Revue blanche, t20, 1899.djvu/27

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absolument superflu, puisque quiconque est capable de s’occuper plus ou moins utilement de littérature est fonctionnaire, et n’a pas besoin de vivre des produits de son pinceau.

Dans ces conditions, le journalisme est presque superflu en Chine ; et il ne joue, en effet, qu’un rôle très effacé. Les faits divers qui semblent assez intéressants pour éveiller la curiosité du public, se publient sous forme de brochures ; les feuilletons, de même ; et — ce qui fait la force de la civilisation chinoise — la polémique politique n'existe pas. Il y a donc surtout des journaux d’un caractère commercial, qui paraissent pour la plupart dans les grands ports de mer, tel le Hoeï-lan-ki de Shanghaï, et le Hao-khieou-tch’ouen de Singapore. Mais il ne faudrait pas croire que les journaux soient quelque chose d’inusité en Chine, ou de création récente. Le Journal Officiel paraissait et était affiché partout à une époque où en Europe il y avait 99 0/0 d’analphabets.

Ce Journal Officiel est mentionné pour la première fois sous le nom de Zi-pao au commencement du viiie siècle. Il s’appelle maintenant King-pao, paraît à Péking, mais est affiché dans toutes les provinces, et contient les décrets administratifs, législatifs et autres, sans jamais donner d’appréciations. La reproduction (sans aucun changement dans le texte) est autorisée.

La littérature artistique se divise, en Chine comme partout, en trois branches : la poésie épique, lyrique et dramatique. La première est la plus importante. On pourrait distinguer trois classes de romans : historiques, fantastiques et réalistes. Depuis trois ou quatre siècles le roman réaliste domine absolument. Il est généralement très objectif et donne des images très fidèles de toutes les particularités du caractère chinois, des institutions et mœurs, de la vie publique et privée.

L’intrigue est toujours très simple ; le héros traditionnel est un jeune savant qui aime passionnément une jeune fille possédant tous les charmes physiques et psychiques ; il y a des obstacles presque insurmontables ; mais — tout finit bien. Les détails sont souvent exquis, et la psychologie des personnages vraiment supérieure. L’auteur ne franchit du reste jamais les bornes du vraisemblable ; et c'est son plus grand orgueil que de faire ressortir, sans y insister, le fond moral de son ouvrage. Ces romans mènent le lecteur dans tous les milieux ; il y a des visites mondaines et des réceptions diplomatiques ; de la conversation de salon et de la discussion scientifique ; des banquets et tous les amusements qui s’ensuivent ; des promenades d’amateurs de paysages ; des voyages ; des exploits d’aventuriers : des crimes ; des examens ; et avant tout, naturellement, du demi-monde des amours et des mariages.

Il est du reste curieux que la pornographie ne se trouve que dans les toutes petites brochures à bon marché. Un auteur qui se respecte, n’en ferait pas. Mais il est évident, d’autre part, que c’est justement cette « petite » littérature sans valeur, qui est la plus répandue dans le bas peuple, et son influence est immense.