Page:La Revue blanche, t20, 1899.djvu/302

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personne n’y fait plus attention, et tu as joliment bien fait de recommander au Petit Tambour de ne plus répondre.

Mais, à ce propos, Carbonel m’a dit une chose qui va bien t’étonner : on assure au Cercle que l’auteur, ou tout au moins l’inspirateur, de ces insanités ne serait autre que Toupin, oui, mon cher, Toupin, l’avoué, avec qui tu t’es montré si délicat, au moment de ces vilains bruits qui coururent sur son étude il y a deux ans, et dont tu me fis aller voir la femme, quand tout le monde menaçait de leur tourner le dos ; rappelle-toi, au fait, que mon père t’avait prévenu, car, tout vieux qu’il est, il a encore l’intuition de bien des choses. Toupin ! Vrai, je ne suis pas méchante, et tu sais qu’à mon avis il faut laisser de côté bien des mesquineries ; mais, tout de même, si bon qu’on soit, il y a de ces lâchetés qui finissent par vous outrer, et il ne faut pas non plus être les dindons de la farce et se laisser éternellement manger la laine sur le dos !

Je te mettrai au courant aussi de ce qui m’est revenu sur un certain sous-inspecteur de l’enregistrement ; car, il ne faut pas t’illusionner, malgré le préfet, il y a beaucoup de fonctionnaires qui, en-dessous, faisaient campagne contre toi… Mais nous reparlerons de tout cela entre nous à Paris, où je pourrai mieux te faire part de mes impressions à ce sujet.

Nous avons eu la visite du frère d’Olympe, qui nous a apporté les meilleures nouvelles des Petits-Cailloux et de M. Gildard ; il vient toujours pour son poste de facteur ; il paraît qu’il y aurait une combinaison pour le faire nommer à l’Albenque, un facteur qui est sur le point de mourir, Olympe t’expliquera. Reçu aussi une lettre désolée des demoiselles des Chaumettes : la recette-buraliste d’Auvilars leur échappe encore, et les pauvres vieilles recommencent à geindre que depuis huit ans on leur promet une meilleure recette, qu’en les nommant à la Magistère, on leur avait dit que ce n’était qu’en attendant mieux, pour leur mettre le pied à l’étrier, en quelque sorte, qu’elles patientent donc seulement un peu, question de mois : et depuis huit ans, on les laisse avec ce bureau qui ne rapporte que soixante-dix francs…

Madame Benoît et sa fille sont revenues mardi, et aussi les dames Rodrigues ; ce sont là vraiment d’aimables relations, que nous regretterons, et qui nous regrettent sincèrement. Les dames Benoît viendront peut-être en mars à Paris ; je n’ai pas pu faire différemment que de les prier de descendre chez nous ; j’ai bien agi, n’est-ce pas, cher Alban ? Je ne crois pas qu’elles acceptent, d’ailleurs, ayant l’intention de venir s’installer pour un grand mois avec leur vieille tante Séraphine ; celle-ci perd presque complètement la vue et elle vient se faire soigner à Paris.

Nous ne sommes guère sorties de tous ces jours-ci, Yvonne est dans les malles depuis le matin ; la chère petite m’a bien rendu service ; tu sais combien j’ai de peine pour me baisser, et sans elle je me demande comment je serais venue à bout de toutes ces caisses. Enfin