Page:La Revue blanche, t20, 1899.djvu/636

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Les Livres

LES LIVRES DE LA SAINT-SYLVESTRE

Hormis pour quelques esprits chagrins, moroses et rèches, et, bien entendu, mis à l’écart les grands problèmes et les affaires sérieuses, il est généralement admis que rintelligeace, la souplesse et Tenjouemeat font leur plus frequent palais du cerveau des enfants. Cette opinion est, du moins, professée dans chaque famille, au stijet d^ün ou deux ou davantage jeunes citoyens qui s’y peuvent rencontrer. Or, si ua esprit chagrin venait dire à un père : « Monsieur votre fils, que vous croyez spirituel parce que rieur, gai parce que joueur, actif parce que turbulent, ne possède aucune vigueur dTesprit ; il faut, dans son intérêt, ne Fentretenir que des choses les plus frivoles, le bercer de billevesées et de coqs-à-râne ; c’est vraiment la seule chose qu’il puisse digérer » ——il est probable que ce père s’indignerait et rabrouerait vivement Thomme qui viendrait le trouver exprès pour traiterd’imbécileetdlnerme intellectuellement, le chérubin. Il est pos* sibleque certains pères, soucieux de leur progéniture et chatouilleux d’épiderme, se portent même à des voies de fait diverses, justifiées. Pourtant, aux eavirons de la Saint-Sylvestre, alors que décembre accumule ses brumes et ses menaces de neige, un certain nombre de personnes font savoir par tous les gongs de la publicité, que Tentant est ignare, que Tenfant est abruti, et annoncent la mise en vente de quelques émollients de choix. Aussitôt avertis, les pères de famille, si fiers de l^.ar jouvenceau, si ancrés par les théories de Tatavisme en cette persuasion qu^l est une petite merveille d’intelligence, se précipitent vers les comptoirs, non pour battre les insolents, mais pour leur donner de Targent. Plus Tenfant aimable paraît à monsieur son père le phénix nouveau dont nous attendons des jours meilleurs pour la patrie régénérée, plus ce père perspicace se ruiae en sottises imprimées, gaufrées, dessinées, dorées pour le futur mainteneur de la dynastie, et les éditeurs président ^un air heureux à ce renflouement de leur caisse, à la rentrée de ce tribut frappé sur la fortune et la bêtise publique, et en revanche passent quelques deniers, peu ou prou, aux fabricants de sornettes brevetées, iatéressante catégorie de penseurs en coaûture, mélasse et sucre de pomme, qui, vraiment, selon rexpz*ession de Mallarmé, dérobent pour écrire leurs moyeas à Testampe, car Testampe est la seulf °hose compréhensible dans le fouillis qu^is oat livré à Timpression. Après que le produit a été écoulé, que les cinq ou dix mille paquets gaufrés de petites anecdotes sur les chiens célèbres ou d^pisodes de guerre parmi les forêts vierges ont été gâter un nombre proportionnel de petits cerveaux dignes d^un sort meilleur, il advient que la docte Académie trouve que l’industriel du livre d’étrennes (c’est de l’auteur que je parle, et