Page:La Revue blanche, t20, 1899.djvu/637

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tES LIVRES

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non de l’éditeur) n’a pas gagné assez d’argent. Alors elle le distingue et lui colle un prix Montyon ; entre un quelconque Botrel et un folâtre Lapauze> voilà un homme honorifié. CTest Tusage. Honneurs et salaires de nouvelle année, qui, en bonne justice, devraient être décernés en temps de carnaval, par de bonnes gens déguisés en Folie, aux braves magisters et aux vénérables dames qui ont compilé les petits traités bien vendus et bien laurés.

Les gaufrages dorés (j’hésite à dire les livres et ne le puis que par allusion à la ressemblance extérieure que ces produits ont avec un livre) jouissent encore d’uu autre avantage. Notre excellente critique littéraire, la bonne, la forte, celle des quotidiens si informés, si finement littéraires, ne juge pas le mouvement des livres d’étrennes. Le livre d^trennes est un Turcaret qui passe parmi les jouraaux avec des poches trouées. Les écus tombent, et la sagace Adrnimstration retire soigaeusement Tétude de ces phénomènes d’ordre artistique à la critique, pour la confier toute à la Publicité. Ce ne soat pas des écrivains qui les jaugent, ce sont d^onnêtes courtiers qui en font le plus spontané des éloges. S’il j a uae société protectrice de Tenfance, à quoi sert-elle ? peut-être à faire des petits bouquins d’étreanes ; non en corps, mais fragmeatairemeat, par membres. Enfin personne n*y veille et le flot de sornettes s’étale tous les ans avec tranquillité. Il y ea a que les archevêques ont pris le soin d’approuver ; le troupeau des filles de Fabiola pullule et hante les maisons tièdes des villes de province de tant d’yeux béats, d’allures édifiantes et de niaiserie seatimentale. D’autres, également approuvés, racontent la légende de Thistoire de France, tordue, convulsée, en éloge des grands principes cléricaux. Des cortèges de bons rois et de reines édifiantes et d’abbés qui sont des saints passent dans le cerveaii des pauvres mômes et leur préparent pour plus tard une mentalité vraiment militaire. A cela collaborent les curieux travaux sur les uniformes cjui se succèdeat depuis une dizaine d^naées. Il faut bien apprendre quelque chose à un enfant, et puisque la plus noble des professions c’est d’être un hussard, faut-il encore qu’il distiague un Ghamboran d’un Berchiny. 11 n’est pas mal non plus d^être un héroïque lignard, et voici pour les candidats tous les costumes depuis les soldats de Louvois jusqu’aux grenadiers de Napoléon, avec ceux de là maisoa royale de Gand, et ensuite la garde nationale de Louis-Philippe jusquTaux conquérants de l’Algérie, et bien après encore, les silhouettes nettes, joyeusement enluminées, aussi parfaitement nulies que possible, esthétiquement parlant. Mais Tenfant peut se lasser de considérer Théroïsme au repos, au port d^armes, T héroïsme groupé sur la même planche en grande et ea petite tenue ; on peut même le lui montrer international, car tous les pays du monde publient de ces planches militaires, pour corriger la fantaisie parfois ochcvelée des jeux de soldats de plomb qui ont plus de relief et de modelé, mais moins d’exactitude. L’enfant veut rêver, il faut tendre un hippogriffe à l’enfant.