Page:La Revue blanche, t6, 1894.djvu/338

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cérémonies chrétiennes, les Juifs ne purent qu’en être exclus : ils le furent ; une série de défenses leur interdirent successivement toute industrie et tout commerce, sauf celui du bric-à-brac, de la friperie. Tous ceux qui échappèrent à cette obligation le firent en vertu de privilèges particuliers qu’ils payèrent le plus souvent fort cher.

Ce n’est pas tout cependant ; d’autres causes plus intimes s’ajoutèrent à celles que je viens d’énumérer, et toutes concoururent à rejeter de plus en plus le Juif en dehors de la société, à l’enfermer dans le ghetto, à l’immobiliser derrière le comptoir où il pesait l’or.

Peuple énergique, vivace, d’un orgueil infini, se considérant comme supérieur aux autres nations, le peuple juif voulait être une puissance ; il avait instinctivement le goût de la domination. Pour exercer une sorte d’autorité, les Juifs n’eurent pas le choix des moyens. L’or leur donna un pouvoir que toutes les lois politiques et religieuses leur refusaient, et c’était le seul qu’ils pouvaient espérer.

N’auraient-ils pu se manifester d’une autre manière ? Si, et ils le tentèrent, mais là, ils eurent à combattre contre leur propre esprit. Durant de longues années ils furent des intellectuels, ils s’adonnèrent aux sciences, aux lettres, à la philosophie. Ils furent mathématiciens et astronomes ; ils firent de la médecine et, si l’école de Montpellier ne fut pas créée par eux, ils aidèrent à son développement ; ils traduisirent les œuvres d’Averroès et des Arabes commentateurs d’Aristote ; ils révélèrent la philosophie grecque au monde chrétien et leurs métaphysiciens, Ibn Gabirol et Maïmonide furent parmi les maîtres des scolastiques. Ils furent pendant des années les dépositaires du savoir ; ils tinrent, comme les initiés antiques, le flambeau qu’ils transmirent aux Occidentaux ; ils eurent enfin, avec les Arabes, la part la plus active à la floraison et à l’épanouissement de cette admirable civilisation sémitique qui surgit en Espagne et dans le Midi de la France, civilisation qui annonça et prépara la Renaissance. Qui les arrêta dans cette marche ? Eux-mêmes !

Pour préserver Israël des pernicieuses influences du dehors, ses docteurs s’efforcèrent de l’astreindre à l’exclusive étude de la loi. Vaincus d’abord, ou du moins peu écoutés, ceux qu’on appela plus tard les obscurantistes continuèrent leur besogne. Quand, au douzième siècle, l’intolérance et le bigotisme juifs grandirent, quand leur exclusivisme s’accrût, la lutte entre les partisans de la science profane et ses adversaires devint plus vive, elle s’exaspéra après la mort de