Page:La Rochefoucauld - Œuvres, Hachette, t1, 1868.djvu/175

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ET MAXIMES MORALES

dire que cette constance et ce mépris sont à leur esprit ce que le bandeau est à leurs yeux[1]. (éd. 1*.)

XXII

La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à venir[2], mais les maux présents triomphent d’elle[3]. (éd. 1*.)

XXIII

Peu de gens connoissent la mort : on ne la souffre pas ordinairement par résolution, mais par stupidité et par coutume[4], et la plupart des hommes meurent parce qu’on ne peut s’empêcher de mourir[5]. (éd. 1*.)


    est plus dur de l’appréhender (la mort) que de la souffrir. » — Pascal dit de son côté (Pensées, article VI, 58) : « La mort est plus aisée à supporter sans y penser, que la pensée de la mort sans péril. »

  1. Var. : Ceux qu’on fait mourir affectent quelquefois des constances, des froideurs, et des mépris de la mort, pour ne pas penser à elle (le manuscrit ajoute : et pour s’étourdir : de sorte qu’on peut dire que ces froideurs et ces mépris font à leur esprit ce que le bandeau (manuscrit : le mouchoir) fait à leurs yeux. (Manuscrit et 1665.) — Voyez les maximes 23, 46 et 504. — Dans la maxime 420, l’auteur dira à peu près la même chose de la constance dans les malheurs.
  2. Var. : des maux passés et de ceux qu’un ne sont pas prêts d’arriver. (1665.)
  3. Var. : La philosophie ne fait des merveilles que contre les maux passés ou contre ceux qui ne sont pas prêts d’arriver, mais elle n’a pas grande vertu contre les maux présents. (Manuscrit.)
  4. Var. : on la souffre, non par la résolution, mais par la stupidité et par la coutume. (Manuscrit.) — Montaigne (Essais, livre III, chapitre ix, tome III, p. 477 et 478) : « le me plonge, la teste baissée, stupidement dans la mort, sans la considérer et recognoistre. »
  5. Var. : et la plupart des hommes meurent parce qu’on meurt. (Manuscrit et 1665.) — L’annotateur contemporain qualifie de galimatias la première phrase de cette maxime, et objecte : « Comment connoître une chose que l’on ne peut voir que dans les autres ? » — Vauvenargues (maxime 848, Œuvres, p. 484) : « La gloire et la stupidité