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II


Par un soir de brouillard, en un faubourg du nord,
Où j’allais, promenant mon cœur noyé de pluie,
J’ai vu, dans une auberge basse du vieux port,
Danser les matelots de la Belle-Julie.

Le timonier portait sur son épaule droite,
Exotique et siffleur, un grand perroquet vert.
Du maître d’équipage au cuisinier qui boite,
Tous gardaient, dans leur pas, le rythme de la mer.

Et déjà gris de stout, de rhum et de genièvre,
Les plus jeunes, longtemps sevrés de tels festins,
Écrasaient en dansant des baisers sur les lèvres
Des filles dont le cœur est tendre aux pilotins.

Aux accents du trombone et de l’accordéon,
Leurs talons, à grand bruit, soulevaient la poussière.
Mais le mousse, natif de Saint-Pol-de-Léon,
Ivre-mort, récitait gravement ses prières.