Page:Laberge - Visages de la vie et de la mort, 1936.djvu/199

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
191
VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

de barbier, était aussi sans travail. En arrivant, il annonça une grande nouvelle.

— Vous savez, je me suis remis avec ma femme.

Il l’avait abandonnée il y avait une dizaine d’années avec ses six enfants pour aller vivre avec une autre qu’il avait rendue mère de trois autres enfants.

— Pis, qu’est-ce que tu fais de ta deuxième ? demanda l’oncle intéressé.

— Je l’ai laissée. Je suis allé voir un avocat et je lui ai demandé si elle pouvait me causer du trouble. Il m’a répondu qu’elle pouvait rien contre moi. Je suis en loi. Alors, je suis allé voir ma femme, pis on s’est remis ensemble. Comme ça, au lieu de retirer du secours pour trois enfants, j’en accroche pour six. Ça fait une différence. Ça paie la bière et les cigarettes.

Martine qui était restée veuve avec huit enfants tenait une pension d’été à Sainte-Rose pour les citadins passant la belle saison à la campagne. Pendant l’année écoulée, les affaires avaient été satisfaisantes.

— Je me suis fait pas loin de huit cents piastres, déclara-t-elle avec orgueil.

À son retour à la ville, elle avait retiré son argent de la banque et l’avait prêté à un notaire, sur billet promissoire.

— Quel notaire ? demanda la grosse Clara.

— Le notaire Martier, un homme ben aimable. C’est un plaisir de faire affaire avec lui.¸

Et elle s’était mise sous le secours direct. Une femme et huit enfants. C’était un revenu.

Tréfflé qui, après avoir été placier dans un cinéma, commis dans une auberge de campagne, racoleur de touristes pour un hôtel de la ville, colporteur d’articles de piété,