Page:Laberge - Visages de la vie et de la mort, 1936.djvu/236

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LA VEILLÉE AU MORT



CECI se passait à Allumettes, le village le plus ignorant, le plus fanatique et le plus ivrogne des neuf provinces du Canada.

Le vieux Baptiste Verrouche, commerçant d’animaux et maquignon était mort. Il était mort sans avoir langui une seule journée dans son lit, sans une heure de maladie. Foudroyé par une syncope.

Il s’en allait comme il avait vécu, avec le mépris des remèdes et des médecins. Pour se préserver de tous les maux possibles, il avait une panacée infaillible : chaque jour, il prenait son flacon de gin.

— Avec trois repas par jour et un flacon de gin, un homme vit vieux, disait-il souvent.

Et il avait prouvé la véracité de son affirmation en se rendant à 82 ans. On l’enterrait demain matin.

Ses fils, ses parents, ses voisins étaient réunis à sa demeure, une grande maison en pierre des champs, bâtie au bord de la route, à deux milles du village. Ils étaient venus pour la veillée au corps. Groupés dans la salle à manger, les hommes écoutaient les paraboles d’Hector Mouton, hercule doué d’une vigueur phénoménale et très