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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

ment à terre. Comme en procession, ils se rendirent au cimetière indien, à dix minutes de marche, suivant l’unique rue de ce village perdu dans ce pays sauvage. Enfin, les mats et les monuments funéraires apparurent à la vue. Juché sur un haut totem, un corbeau se mit à croasser lugubrement en voyant arriver les visiteurs. Il semblait leur interdire d’entrer dans le champ des morts. Sa voix aigre, devinait-on, couvrait d’anathèmes ces profanes, ces étrangers qui s’en venaient troubler les ombres des trépassés. Il s’envola finalement en jetant quelques notes funèbres, un mauvais sort.

Curieusement, les voyageurs visitaient l’enclos funéraire aux monuments si différents de ceux de nos cimetières. À tout instant, l’on entendait le déclic d’un kodak. Chacun prenait une vue d’un groupe de ses compagnons au pied d’un totem.

Puis ce fut le retour. Les petits indiens qui étaient sur le quai à l’arrivée, suivaient le groupe des visiteurs, demandant des sous. Remarquable entre tous dans ce troupeau de quémandeurs était une fillette de onze à douze ans. Elle n’avait pas la peau cuivrée de ses compagnes, car son teint était presque blanc et ses cheveux étaient d’un blond fauve. De toute évidence, elle était le produit de parents de deux races. Ses traits étaient réguliers et sa figure d’une rare beauté. Elle était accompagnée d’une autre enfant de même nuance qu’elle, de deux ans plus jeune environ, probablement sa sœur. Un grand édifice en bois, à deux étages, avec des rideaux blancs aux fenêtres, vraisemblablement un hôpital, se dressait au bord de la route. Il était précédé d’un vaste jardin de fleurs éclatantes au soleil, les seules fleurs dans cette localité. En passant devant la maison, les deux gamines poussèrent la barrière