Page:Labiche - Théâtre complet, Calman-Lévy, 1898, volume 02.djvu/126

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LE VOYAGE DE MONSIEUR PERRICHON

ARMAND

Ah ! vous voyez bien !


DANIEL

Oui, mais, moi, je me cache… je me masque ! Quand je pénètre dans la misère de mon semblable, c’est avec des chaussons et sans lumière… comme dans une poudrière ! D’où je conclus…


ARMAND

Qu’il ne faut obliger personne ?


DANIEL

Oh non ! mais il faut opérer nuitamment et choisir sa victime ! D’où je conclus que ledit Perrichon vous déteste : votre présence l’humilie, il est votre obligé, votre inférieur ! vous l’écrasez, cet homme !


ARMAND

Mais c’est de l’ingratitude !…


DANIEL

L’ingratitude est une variété de l’orgueil… « C’est l’indépendance du cœur », a dit un aimable philosophe. Or, M. Perrichon est le carrossier le plus indépendant de la carrosserie française ! J’ai flairé cela tout de suite… Aussi ai-je suivi une marche tout à fait opposée à la vôtre.


ARMAND

Laquelle ?


DANIEL

Je me suis laissé glisser… exprès ! dans une petite crevasse… pas méchante.


ARMAND

Exprès ?


DANIEL

Vous ne comprenez pas ? Donner à un carrossier l’oc-