Page:Labiche - Théâtre complet, Calman-Lévy, 1898, volume 02.djvu/83

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ACTE TROISIÈME.

TOUS

Tiens !

Ils se rapprochent.

PERRICHON, lisant.

« Un événement qui aurait pu avoir des suites déplorables vient d’arriver à la mer de Glace… M. Daniel S… a fait un faux pas et a disparu dans une de ces crevasses si redoutées des voyageurs. Un des témoins de cette scène, M. Perrichon (qu’il nous permette de le nommer)… » (Parlé.) Comment donc ! si je le permets ! (Lisant.) « M. Perrichon, notable commerçant de Paris et père de famille, n’écoutant que son courage, et au mépris de sa propre vie, s’est élancé dans le gouffre… » (Parlé.) C’est vrai ! « Et, après des efforts inouïs, a été assez heureux pour en retirer son compagnon. Un si admirable dévouement n’a été surpassé que par la modestie de M. Perrichon, qui s’est dérobé aux félicitations de la foule émue et attendrie… Les gens de cœur de tous les pays nous sauront gré de leur signaler un pareil trait. »


TOUS

Ah !


DANIEL, à part.

Trois francs la ligne !


PERRICHON, relisant lentement la dernière phrase.

« Les gens de cœur de tous les pays nous sauront gré de leur signaler un pareil trait. » (À Daniel, très-ému.) Mon ami… mon enfant ! embrassez-moi !

Ils s’embrassent.

DANIEL, à part.

Décidément, j’ai la corde…


PERRICHON, montrant le journal.

Certes, je ne suis pas un révolutionnaire, mais, je le