Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/439

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furent adoptées avec la plus grande faveur par l’Amérique du Nord tout entière, quand elle se sépara de la métropole ; et ces doctrines, remaniées par Rousseau, sont au fond de toutes les constitutions que nos assemblées ont élaborées depuis soixante ans. En politique, comme en philosophie, il n’est personne qui ait exercé sur le xviiie siècle une influence comparable à celle de Locke.

Mais, dira-t-on, il faut au moins admettre que ce génie remarquable s’est trompé en rédigeant une constitution impossible. Pourquoi ? Cette constitution n’était rien moins que chimérique ; c’était la loi même de l’Angleterre. Un homme aussi positif que Shaftesbury, un esprit aussi sûr que Locke, ne s’amusaient point à refaire l’Utopie ; leur modèle, c’était le gouvernement même qu’ils avaient sous les yeux, l’empire dont tous deux dirigeaient la politique.

Laissons cette érudition puérile qui entasse pêle-mêle les palatins, les landgraves, les caciques, les lords de manoir ; allons au fond des choses, qu’y voyons-nous ? Une royauté de huit personnes, une noblesse, une gentry, le peuple, quatre classes qui existaient en Angleterre, et qu’on y distingue encore. Locke n’avait rien inventé ; il avait observé, analysé, reproduit ce qu’il voyait. Comme étude politique, son œuvre est parfaite ; c’est l’Angleterre prise sur le vif. Comme conception théorique, elle est irréprochable ; tout s’y tient,