Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/458

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l’importation, qu’en peu d’années les esclaves furent deux fois plus nombreux que les blancs, proportion qu’au nord des Antilles on n’eût trouvée nulle autre part.

En un temps où les idées de fraternité, qui nous sont aujourd’hui familières, n’étaient pas très-répandues, où le nom d’humanité était un mot inconnu, où la traite des noirs était considérée comme une œuvre pieuse, parce qu’elle enlevait des malheureux à l’idolâtrie pour les baptiser, on comprend que la Caroline ne se soit pas montrée plus scrupuleuse que les autres colonies. Aussi eut-elle son Code noir, arsenal de lois cruelles qui subsiste encore aujourd’hui. C’est là, n’en déplaise à tous les sophismes, la plus sanglante condamnation de l’esclavage. Si le nègre est un être inférieur, une espèce d’animal domestique pour qui la servitude est un bienfait, pourquoi faut-il tout cet attirail de supplices, afin de le maintenir dans un état qui, dit-on, lui est favorable ? Si c’est un homme fait à l’image de Dieu, comment des lois sacrilèges osent-elles déclarer qu’il n’est qu’une chose, et comment d’un être immortel ose-t-on faire le jouet et l’instrument d’autrui ?

La cruauté des lois qui régissent l’esclavage étonne souvent ceux même que ne révolte pas la servitude, et qui n’y voient que la tutelle d’une race éternellement mineure. On ne comprend pas qu’un fait de cette espèce, un fait contre nature,