Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/521

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Il est peu de pays où l’on s’occupe moins des droits de l’homme et du citoyen, il n’en est pas où chacun connaisse mieux et défende avec plus d’ardeur les droits de sa classe et de son parti.

Allez à Londres, vous serez stupéfait de ce respect pour des usages gothiques et presque ridicules. Une porte isole encore la cité du reste de la ville. Le lord maire a l’entourage et les prérogatives d’un souverain ; l’Église, les tribunaux, les corporations vous étonneront par leur singulier attachement aux formes antiques ; c’est à se croire de quatre siècles en arrière ; mais ne vous pressez pas de juger ; pénétrez le fond des choses, et vous verrez que sous ce masque est cachée la liberté ; non pas la liberté abstraite telle que nous l’entendons, mais la liberté concrète, celle de la ville, de la corporation, de l’individu, c’est-à-dire la liberté sous sa forme la plus facile à saisir comme à défendre.

C’est ainsi que l’aristocratie a sauvé ses privilèges en les confondant avec ceux des corporations, c’est-à-dire de la nation presque tout entière. Elle les maintient non moins sûrement en ouvrant son sein à quiconque s’élève par son mérite.

C’était là du reste le véritable esprit féodal, le premier besoin d’un temps où l’œuvre de chaque jour était la guerre. Duguesclin n’était qu’un petit gentilhomme, et je me souviens d’avoir lu dans Froissard un chapitre où il est conté naïvement com-