Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/93

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au moins c’en était assez de planter une croix sur le rivage pour empêcher le genre humain de cultiver un pays qui appelait la colonisation.

Par exemple, le Mississipi, ou du moins son embouchure, avait été reconnue, vers 1539, par un Espagnol, un des compagnons de Pizarre, Soto, qui trouva la mort dans cette expédition. Dans les anciennes cartes, ce fleuve porte le nom de Rio de San Spirito que lui avait donné ce hardi explorateur ; mais le pays était depuis longtemps abandonné quand La Salle le reconnut en 1682, et planta les armes de France à l’embouchure du fleuve, quand, de 1697 à 1702, d’Iberville commença la colonisation en s’établissant sur la Mobile. Que pouvait être en pareil cas le titre de l’Espagne ? N’est-ce pas d’ailleurs une règle du droit des gens aussi bien que du droit civil, que l’abandon équivaut à une renonciation de la possession, qu’on peut ainsi prescrire la souveraineté de nation à nation, et que, par conséquent, on peut devenir légitime propriétaire, légitime souverain d’un territoire délaissé par ceux qui l’ont découvert ?

L’occupation est un principe que la raison avoue bien plus que le droit de première vue ; car c’est au fond la glorification du travail, le titre le plus légitime de la propriété, le seul qui répond à la pensée du Créateur, et profite au genre humain tout entier.