Page:Laboulaye - Quelques réflexions sur l’enseignement du droit en France.djvu/56

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Le coté financier de la question n’est pas moins curieux que côté scientinque. En Prusse, on a dépensé un peu moins de 100, 000 francs pour obtenir dans l’année six mille trois cent quarante heures de leçons (non compris les cours publics), c’est pour l’État une dépense de quinze francs et quelques centimes par heure de leçons. À Paris, on a déboursé 275, 520 francs pour obtenir deux mille six cents heures de leçons environ [1], c’est-à-dire en bon calcul statistique, qu’on a payé près de 106 francs ce que la Prusse paye 15 francs ; ce n’est que six fois davantage.

En donnant ces chiffres, notre intention n’est point de dénigrer les professeurs français, et de les représenter comme inférieurs en zèle et en bonne volonté à leurs rivaux d’Allemagne. Tout au contraire, nous avons déjà fait remarquer, plus haut, qu’ils donnent à l’État pour les examens seulement presque le double du temps qu’un professeur allemand consacre à l’enseignement, sa seule occupation. Il n’y a donc rien qui concerne personnellement les professeurs dans mes observations, et ce que j’ai voulu seulement montrer, c’est le vice d’un système qui, par l’exagération des moyens de contrôle, en est venu à négliger l’essentiel, c’est-à-dire l’enseignement qui use en pure perte l’energic des savants qu’il emploie, et condamne l’État à faire sans sucées des sacrifices considérables, parce que les dépenses sont mal faites. L’exemple de la Prusse, qui avec un faible budget trouve moyen d’obtenir beaucoup de ses professeurs, parce qu’elle ne leur demande qu’un travail utile, peut nous apprendre combien il serait facile en France, par l’adoption d’une organisation meilleure, de doubler et même de quadrupler l’enseignement, sans imposer à l’État des charges nouvelles, et en n’exigeant du professeur que des efforts modères, au lieu de la fatigue excessive qu’on lui impose inutilement. Abolir entièrement, ou réduire considérablement les examens, et supprimer le monopole des chaires, telles

  1. Je suppose dans les deux pays quarante semaine de travail, et j’admets à Paris soixante-cinq heures de leçon par semaine, ce qui est plutôt au dessus qu’au-dessous de la vérité.