Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/100

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à perdre son argent. Il attendit, sans souffler mot, que tout fût fini. Puis, quand ce fut fait, il dit au dépositaire infidèle, sans la moindre marque d’emportement :

— Eh bien ! en avez-vous assez, maintenant, ou bien voulez-vous que j’aille vendre ma redingote pour que vous acheviez la soirée ?

R… s’excusa, confessa qu’il était un écervelé, et soutint seulement n’avoir agi que dans une bonne intention, parce qu’on lui avait indiqué tout nouvellement une affaire superbe qu’il voulait faire avec lui, Lacenaire, et dont le siège était à Versailles.

Il n’y avait qu’une seule personne à tuer et au moins trois cent mille francs à gagner.

— S’il en était ainsi, répondit Lacenaire, vous auriez dû me le dire. Nous aurions peut-être trouvé de l’argent d’une manière plus certaine qu’en allant jouer… Enfin, ce qui est fait est fait ! — Demain nous irons à Versailles ensemble, et si ce que vous me dites est vrai, je tâcherai, au retour, de nous procurer ce qui sera nécessaire.

— Mais, continua R…, ce n’est pas une petite somme qu’il faudra, parce qu’il est absolument indispensable de rester au moins dix jours à Versailles, de faire de la dépense et de vivre comme des gens comme il faut, afin de ne pas se faire remarquer.

En attendant, ils allèrent explorer les lieux le lendemain. Tout ce qu’avait avancé R… était vrai. L’expédition était tentante. Mais où trouver de l’argent ? Là était la difficulté. L’embarras était donc extrême. Pour y échapper, Lacenaire se mit alors à pratiquer le change des couverts d’argent chez les restaurateurs et les joailliers.