Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/101

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Voici comment s’opérait cette nouvelle flibusterie :

Il se procurait une, deux ou trois paires de couverts en imitation, selon ses moyens, et les portait sur lui. En dînant dans un restaurant quelconque, il les changeait contre de la véritable argenterie.

Un de ses exploits les plus éclatants dans cette partie fut le suivant :

Un jour, il achète deux foulards de coton identiquement pareils, et fait ensuite l’emplette de six couverts en métal d’Alger. Il les place dans un des mouchoirs, et fait sur eux un nœud assez original pour être remarqué ; puis il place le tout dans sa poche gauche. Cela fait, il se rend chez un bijoutier du passage des Panoramas et marchande des couverts en vermeil. Il ne tarde pas à tomber d’accord sur le prix avec le vendeur. Il renferme alors les six cuillers et les six fourchettes dans l’autre foulard resté vide, en les assujettissant dans sa poche droite par le même nœud apparent de tout à l’heure.

Au moment de payer, Lacenaire ne trouve pas assez d’argent dans sa bourse, et, retirant alors de sa redingote le paquet qu’il vient d’y mettre :

— Monsieur, dit-il, au bijoutier en remettant à celui-ci l’emplette tout enveloppée, veuillez me garder ceci une minute ; je vais là, à côté, au café Véron, où l’on me connaît, chercher le surplus de l’argent, et je suis à vous dans l’instant.

Il sort et ne revient plus. — Le temps se passe. — Le marchand, ne comptant plus sur la parole de l’acheteur, défait le foulard pour remettre sa marchandise à sa place, et compte ses pièces d’argenterie. Il trouve bien