Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/105

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« — Comment se fait-il, me dit-il, qu’un jeune homme comme vous se trouve en prison ? Ce n’est sans doute pas pour vol ?

« — Je vous demande bien pardon, lui dis-je, c’est pour vol…

« — C’est donc une étourderie de jeunesse ?

« — La première fois, peut-être, car ceci est la seconde ; mais maintenant je suis un voleur d’habitude.

« — Cela est inconcevable, me dit-il, comment cela peut-il se faire ?…

« — Parce que la société ne veut de moi à aucun prix : que je me suis jeté inutilement à la tête de tout le monde, et que, ne pouvant vivre par elle, je suis obligé de vivre malgré elle.

« — Je ne puis comprendre cela, reprit-il, on ne peut laisser de côté un homme comme vous ; vous vous êtes mal adressé sans doute, j’espère que vous serez plus heureux avec moi ; je veux vous tirer de ce mauvais chemin.

« — Vous aurez peut-être bien de la peine.

« — Je pense que non, je suis sûr que vous n’êtes pas si corrompu que vous voudriez me le faire croire. Êtes-vous condamné ?

« — Oui, à treize mois.

« M. A. m’avoua qu’il ne se serait jamais fait une semblable idée des voleurs.

« Dans le peu de temps que j’avais à rester à la Force, je fis encore quatre ou cinq chansons dont je donnai copie à M. A… Un jour, il me dit : « Comptez-vous rester ici ? »