Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/120

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donc, et cela pendant sept mois. — Enfin, le 1er janvier arrivant, il rassembla, trois ou quatre jours avant, tous ses limiers, et leur adressa cette allocution :

« Mes enfants, — vous savez que nous allons bientôt souhaiter la bonne année à M. le préfet ; que tout le monde soit donc à neuf heures, le jour de l’an, dans la cour de la Préfecture, bien couvert, requinqué et soigné au possible. Qu’on endosse son linge le plus fin et ses frusques les plus fraîches. J’entends que ceux qui ont leurs bijoux ou leurs toquantes au clou[1] les dégagent pour ce jour-là. J’avancerai l’argent nécessaire. On cherche à nous nuire ici, il faut nous distinguer et montrer à notre chef que nous ne sommes pas de la canaille, comme on le prétend, mais des hommes de conduite : allez ! »

En effet, le matin du jour de l’an, les agents, exacts à leur poste, attendaient leur chef de file dans l’hôtel de la rue de Jérusalem, et la première chose qu’avec son regard pénétrant cet homme de génie apercevait à la chemise de celui qu’il soupçonnait, était l’émeraude volée. — Alors, appelant en particulier le porteur de ce bijou dans un angle éloigné de la cour, et lui arrachant l’épingle :

— Vous êtes un pante[2], monsieur…, lui dit-il tout bas entre les deux yeux. Il y a au bagne des hommes qui n’ont pas fait autant que vous, et si je ne vous y envoie pas, c’est que j’ai pitié de votre famille… Mais que ceci vous serve de leçon pour l’avenir !

  1. Leurs montres au Mont-de-Piété. —
  2. Un sot, un niais, une dupe.