Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/141

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la vérification, et il fut prouvé. — N… gagna son procès. Un bienfait n’est jamais perdu.

Ce n’était pas seulement chez la liquoriste de la rue Jeannisson que Lacenaire allait passer la nuit avec ses compagnons de vol et de meurtre. Il fréquentait aussi, rue du Chantre, un Estaminet-garni que la police tolérait, parce qu’elle le regardait comme un point de repère pour ceux qu’elle suivait de l’œil.

Cet établissement, d’un genre assez neuf et de mœurs assez décolletées, trop décolletées même, ainsi qu’on va le voir tout à l’heure, était tenu par une vieille femme nommée la mère Gérard.

Comme toute honnête maison, ce café avait l’air de fermer à minuit ; mais c’était précisément à partir de cette heure que ses vrais clients, les joueurs et les voleurs, accompagnés de filles de joie, s’y rendaient au sortir des bals et des spectacles. Moyennant un signe convenu et souvent renouvelé, les portes du bouge mystérieux s’ouvraient pour eux, et les fenêtres, matelassées à l’intérieur, interceptaient pour le dehors la lumière et les bruits du dedans.

On pénétrait alors dans un entresol assez vaste où se trouvaient des billards, des tables de jeu et d’autres sur lesquelles des couverts étaient mis ; des chambres garnies situées aux étages supérieurs, et louées seulement à la nuit, mais à des prix fous, recevaient les habitués qui désiraient ne pas regagner leur domicile, et le nombre en était grand de ceux-là !

La mère Gérard, qui possédait le génie du lucre,