Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/146

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malgré la différence des corps d’armée. On offrit à boire aux agents de la force publique, et la politesse fut acceptée par eux de grand cœur. Les rasades furent renouvelées coup sur coup. La gaîté des buveurs, le plaisir de se trouver avec un homme qui avait servi, et les souvenirs de garnison se mêlant au vin qui ruisselait sur la table, tout cela acheva de griser les deux gendarmes. Ils se levèrent en chancelant pour continuer leur route, et toute la bande se mit en devoir de les accompagner : ce qui fut accepté.

Tandis qu’on s’acheminait sous les grands arbres, Lacenaire, qui avait fait en sorte de rester derrière, se pencha à l’oreille de Travacoli, et lui dit :

— Comme c’est bizarre et injuste ce qui se passe dans le monde ! — Voici de naïfs gendarmes qui nous prennent, nous autres, pour les plus braves gens du monde, et qui nous laisseraient tout saccager ici, tandis qu’ils arrêteraient avec la plus grande rigueur le premier pauvre qui ramasserait une branche de bois dans cette forêt… N’est-ce pas triste ?…

Puis un instant après, il ajouta avec insinuation :

— Il serait assez drôle de faire voir le tour du sac aux argus (de voler le sac des gendarmes)et de les refroidir ici même, n’est-ce pas ? — Qu’en dites-vous, Travacoli ?

Celui-ci réfléchissait et ne répondait point : Lacenaire lui fit alors la proposition formelle d’assassiner les gendarmes avec l’aide des autres voleurs.

— Pas du tout, répondit l’Italien au tentateur, vous savez que ma manière de travailler n’est pas la vôtre, et qu’il ne rentre pas dans mes plans de refroidir per-