Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/174

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Lacenaire flaira l’homme, le reconnut pour un gendarme au premier coup d’œil, et frissonna. Aucune impression ne se montra sur sa physionomie cependant. C’était, en effet, le lieutenant de gendarmerie de la ville.

L’officier sortit, rentra cinq minutes après et vint lui dire quelques mots à l’oreille. Lacenaire le suivit dans la rue. Dehors, l’homme à moustaches lui déclina sa qualité, et lui demanda s’il ne s’appelait pas Jacob Lévi. À cette question, ce fut comme s’il eût entendu le glas de sa mort, et, acculé à l’abîme, il en sonda la profondeur. Cependant, l’instinct de la conservation, et un sentiment d’amour-propre éveillé en lui par le contact de l’autorité, le portèrent à se défendre et à se tirer de ce mauvais pas. Il appela à son secours toutes les ressources de son intelligence.

Il demanda d’abord à être conduit chez M. Prasson. On y consentit. Mis en présence du banquier, Lacenaire lui demanda les motifs de ses soupçons injurieux envers lui.

M. Prasson ne l’accusait pas. Au contraire, il reconnaissait même que, loin de chercher à être payé tout de suite, Jacob Lévi avait demandé que l’on envoyât à l’encaissement l’effet qu’il venait faire escompter, et que c’était lui, Prasson, qui lui en avait offert le montant. C’était là, pour le faussaire, une excellente justification. En effet, comment penser qu’un individu porteur d’un faux, — et le sachant, — irait demander qu’on envoyât ce titre véreux à l’encaissement en refusant d’en accepter la valeur à lui offerte en argent comptant. — C’était absurde ! — Lacenaire eut soin de faire observer cette cir-