Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/189

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sous bonne escorte qu’une prise de cette importance fut conduite à Paris.

Quelques semaines après sa translation à la Force, le bruit de ses tristes exploits, ses conversations et ses vers surtout occupèrent la Renommée. Les Parisiens s’étonnèrent du cynisme de ses théories. Les sots, « en majorité depuis Adam, » s’étonnèrent naïvement à la vue de cet assassin qui parlait si purement le français, et ils le prirent pour un être extraordinaire. Les lecteurs de romans lui trouvèrent une vague ressemblance avec lord Ruthwen, le vampire ; d’autres reconnurent en lui le Szaffye de la Salamandre d’Eugène Sue.

Les bas-bleus eurent la tête montée, et admirèrent ce meurtrier amoureux d’un Sylphide. — C’est ainsi que Lacenaire appelait son Égérie poétique. — Les autres femmes s’intéressèrent à cet assassin, qui publiait des Rêveries, des Souvenirs, des Chants d’amour et des Prières, et elles gémirent sur ce loup qui pleurait en lisant les pastorales de madame Deshoulières… que voulez-vous faire à cela, les femmes ne sont-elles pas toujours adorables ?…

Lacenaire, cependant, n’était pas aussi éthéré que ces charmantes créatures se le persuadaient. C’était, au contraire, le matérialisme incarné. Ainsi,un jour, on vint lui dire que trois Anglaises demandaient à le voir. — Naturellement, on devait s’attendre à en trouver dans cette affaire.

— Qu’elles aillent se… promener, répondit le meurtrier-poète, me prend-on pour une bête curieuse ?

Mais ayant aperçu les trois blondes filles d’Albion, et lorgnant l’une d’elles qui était fort jolie :