Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/191

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cœur la plus violente animosité, le soin de sa vie, le besoin de se débarrasser d’un complice devenant à son tour un accusateur dangereux, l’air satisfait et triomphant de celui-ci : tout devait porter François à désirer la mort d’un tel témoin.

Mais ce qui attisait encore plus cette haine et la doublait d’une jalousie amère, c’étaient la supériorité incontestable et relative de Lacenaire sur ses tristes compagnons, ses succès dans le monde extérieur, les visites qu’il recevait, et surtout les préférences que la Préfecture avait pour lui.

La police savait bien ce qu’elle faisait en agissant ainsi ; elle tâchait, en mettant Lacenaire en contact avec beaucoup de monde, de le faire parler, afin de retrouver, au moyen d’une simple confidence ou par l’effet d’une parole imprudente, la trace de ses méfaits inconnus ; mais elle perdit ses peines, car Lacenaire mit tout son amour-propre à ne recevoir ni ses amis intimes, ni les compagnons de son brigandage, et à ne dévoiler que les crimes qu’il avait commis seul ou ceux dont Avril et François avaient partagé le fardeau. C’est ainsi qu’il avoua à M. Canler, assure-t-on, un autre assassinat commis par lui la nuit, à l’angle des rues Saint-Lazarre et de la Chaussée-d’Antin, sur un homme sortant du no 36, la maison de jeu du Palais-Royal.

— Je le frappai encore entre les deux épaules avec mon tire-point, dit Lacenaire, et il tomba. Mais une voiture survenant, j’eus peur d’être arrêté, et je filai au plus vite.

L’homme fut blessé, mais, chose surprenante ! —