Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/201

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faite. On sait combien il aimait à briller. Devant cet auditoire d’élite, son amour-propre se réveilla, et, fort de son assurance ordinaire, il causa littérature, politique et philosophie, avec une telle abondance d’expressions, un cynisme si décent dans la forme et une mémoire si imperturbable dans ses citations d’auteurs, — car il était un peu pédant, — qu’il eut un succès complet, sinon comme moraliste, du moins comme causeur paradoxal.

— En politique comme au jeu, disait-il, on ne peut être que dupe ou fripon.

— Mais, lui objecta un journaliste, on voit assez souvent des hommes qui se dévouent à une idée, à une cause, et qui se ruinent ou meurent pour l’une et l’autre.

— Que voyez-vous là d’étonnant ? reprit Lacenaire. La politique est une passion absorbante comme toutes les autres, et l’on joue sa tête pour une passion.

La conversation changea de point et l’on prit pour teste la religion. On parla des Saint-Simoniens, des Templiers, et, sur chacune de ces sectes, il donna son avis d’une façon nette et tranchante.

— Pour établir une religion, dit-il, il faut, avant tout, posséder une chose essentielle, la foi, ou plutôt être possédé par elle. Or, les Saint-Simoniens sont des sceptiques et des gens d’esprit qui ne visent qu’à se faire la courte-échelle. Comment voulez-vous qu’ils réussissent à fonder quoi que ce soit. Ils feront leurs affaires personnelles, mais celles de l’humanité, allons donc !

Les Templiers étaient plus sincères, continua-t-il malgré l’immoralité qu’on leur attribue et leur ardente sensualité ; mais comme ils ne pouvaient se recruter que