Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/202

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dans un petit nombre d’hommes, de chevaliers, c’est-à-dire parmi les nobles, ils manquaient aussi d’une autre chose capitale pour la prospérité de toute doctrine, je veux parler des adeptes, et sans un personnel nombreux, il ne peut y avoir d’Église. Si j’avais vécu de leur temps, j’aurais, certes, tout fait pour entrer parmi eux, car je partage entièrement leurs croyances quant à la migration de l’intelligence dans tous les corps de la nature.

Je pense, continua-t-il, que le principe qui anime les êtres organisés et vivants peut, en les abandonnant, passer dans la matière brute, y demeurer, la faire vivre à sa manière, pendant un certain temps, pour repasser plus tard dans d’autres corps ; et tout cela sans règles, sans limites. Tout vit, tout sent ; cette pierre a sa vie et son intelligence.

— Les corps bruts n’en ont pas, répliquait le docteur ; la sensation n’existe que pour les corps organisés et vivants, et pour ceux chez lesquels les impressions vont à un centre commun ; le cerveau, qui les perçoit, les convertit en sensations ; interrompez la communication, il n’y a plus de transmission au cerveau, plus de perception, plus de sensation. Tel est le cas de l’apoplexie et de la paralysie qui en est la suite. En vain vous coupez, vous brûlez le membre paralysé, les impressions ne sont plus transmises au cerveau. Reste encore le cas d’un homme auquel on vient de trancher la tête.

À ces mots qu’on croyait irréfléchis, les auditeurs regardèrent Lacenaire avec émotion ; sa physionomie n’en décelait aucune. Il sortit de la chambre quelques instants après.