Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/245

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Lacenaire. — Je n’ai rien à répondre non plus, si ce n’est que je soutiens ma première déclaration. Je ne me suis pas servi de couteau, et moi seul ait tué la veuve Chardon.

M. le Président. — Dans des moments comme ceux-là, il est à croire qu’un assassin, même un assassin de profession, ne conserve pas tout son sang-froid, qu’il est effrayé. Ne serait-il pas possible que, machinalement et par instinct, ayant vu que le tire-point qui vous avait blessé à la main ne pouvait plus vous servir, vous avez lâché l’instrument et pris le couteau ? Il serait possible que vous ne vous rappelassiez pas tous les faits.

Lacenaire, tranquillement. — Je me les rappelle parfaitement tous. D’ailleurs M. le docteur parle d’un couteau ensanglanté ; ce couteau a été trouvé dans la chambre du fils ; on a trouvé dans la chambre de la mère et dans un tiroir de commode un couteau brisé et qui n’a pu servir.

M. Ollivier. — C’est précisément ce couteau qui a dû servir.

Lacenaire. — On aurait dû en conserver la pointe.

M. le Président. — On annonce que les héritiers Chardon ont retrouvé cette pointe. Il s’expliqueront là-dessus.

Après sa dernière réponse, Lacenaire sourit ironiquement, promène des regards distraits sur l’assemblée, passe la main dans sa chevelure, et ne s’occupe pas d’un court débat qui s’engage entre les deux docteurs et M. le Président pour rétablir le nombre probable des assassins.