Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/292

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ne se posant point en héros de tragédie, et là nous a paru être une nouvelle garantie de sa sincérité.

Au surplus, n’avez-vous pas remarqué combien les dénégations d’Avril étaient embarrassées, incomplètes ? Pour juger qu’il fut assassin avec Lacenaire, avez-vous besoin d’autre chose que d’enregistrer ses propres paroles ? Lacenaire lui communique son projet de tuer un garçon de recette.

À ce projet, Avril ne fait qu’une objection : il vaudrait mieux, à son avis, lui mettre un masque de poix sur la figure. Le masque de poix, avez-vous dit ! mais c’est la mort, la mort dans les tortures. Le patient est là, demandant du jour, de l’air, ce qui est nécessaire aux poumons de l’homme ; et ni sa main, ni une main étrangère, ne peut arracher ce qui étouffe ses cris. Amendement barbare, dont toute la valeur se réduit à substituer, à la mort par le fer, la mont par l’étouffement.

Et puis, voyez cette communauté d’existence avant le crime, après le crime.

Du 6 au 15 décembre, qui partage la chambre, le lit d’Avril, chez la femme Duforest ? Lacenaire.

Du 15 au 20, qui est encore le camarade de lit d’Avril dans le repaire de la rue Montorgueil ? Lacenaire. Quand Avril est conduit au poste, le 20, qui va l’y réclamer ? Toujours Lacenaire, son inséparable. Et, certes, il prouvait bien, ce jour-là, à quel point Avril lui tenait au cœur. Les deux cadavres de la rue Saint-Martin étaient à peines relevés, et son intervention l’exposait à une arrestation personnelle, mais n’importe ! il le lui faut, c’est son bras ; et au péril de sa vie, il veut le revoir.