Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/303

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pour y verser ses douleurs, il n’avait plus les conseils d’un père pour retremper son âme abattue !

Travailler ?… Eh ! oui, sans doute, c’est là le conseil de la vertu… Travailler ! mais cela est-il possible, mon Dieu !… alors que l’éducation vous met au-dessus de ces travaux manuels et serviles qui sont l’apanage d’une classe souffrante et malheureuse, mais grossière et inculte.

Mille projets sinistres bouillonnèrent dans sa tête : le suicide ou le crime ; il n’avait plus d’autre alternative.

Une malheureuse occasion se présenta. Sa tête était égarée ; une escroquerie fut commise : une année d’emprisonnement en fut l’expiation.

C’est ici, messieurs, que commence pour notre société un cruel enseignement ; souvent ces voûtes ont retenti de paroles graves et sévères sur les dangers de nos prisons.

On a redit souvent que ce remède aux plaies qui nous dévorent n’était qu’un véritable poison, et souvent aussi on a traité cela de lieux communs et de banalités. Eh bien ! écoutez cet homme, il vous dira comment, jeté, confondu avec des êtres vicieux, méchants, cruels, cette écume que la société vomit chaque jour de son sein, son caractère hautain s’est soumis à cette dangereuse fréquentation ; comment les principes dont on avait imbu son enfance se sont effacés de son cœur pour faire place à la corruption et au crime.

Tout sentiment de vertu n’était pourtant pas encore éteint dans son âme : soit crainte, soit repentir, nous le voyons à l’expiration de sa peine rentrer dans la société ; puis, se créant une modeste industrie qui suffit à ses