Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/313

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et de surnaturel, après avoir examiné les circonstances que j’ai eu l’honneur de vous signaler, après avoir fait entrer dans la balance la faveur que méritent ces aveux, peut-être penserez-vous (cela est horrible à dire !) qu’il est encore de plus grands criminels…

À Dieu ne plaise que je veuille diminuer en rien l’atrocité de tous ces meurtres ! mais n’est-il plus de ces crimes de famille, n’est-il plus de ces crimes publics qui font trembler toute une population d’horreur et d’effroi, et qui plongent dans le deuil plus de quarante familles ? N’est-ce pas pour ceux-là, pour ceux-là seulement, qu’il faut réserver les dernières rigueurs de la loi ?

Ce n’est pas tout, messieurs… ; il ne suffit pas que la peine offre un exemple salutaire aux malfaiteurs ; il ne suffit pas qu’elle effraie la société par l’horreur qu’elle inspire, il faut encore qu’elle la venge et, par conséquent, il faut qu’elle punisse le coupable. Eh bien ! vous le savez, et déjà j’ai eu l’honneur de vous le dire, la mort n’a point d’empire sur cette organisation malade ou flétrie ; vous voyez avec quel calme et avec quelle tranquilité Lacenaire attend votre verdict ; vous voyez comme il s’accuse lui-même, comme il appelle vos rigueurs ; trompez-le dans ses calculs…

Il a lu dans le livre de la rue Montorgueil que : « les meurtriers doivent être mis à mort par le droit de la guerre, puisque, par leurs méfaits, ils sont devenus rebelles et traîtres à la patrie. »

Mais il oublie que, quelques lignes plus bas, Jean-Jacques écrit : « On n’a le droit de faire mourir que celui qu’on ne peut faire esclave. »