Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/314

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Vous ne l’oublierez pas, vous, messieurs ; vous éloignerez cet homme de la société, car il est dangereux ; vous l’enfermerez dans un de ces lieux de douleurs continuelles, où chaque jour il souffrira mille morts.

Que, chargé de chaînes, vêtu d’une hideuse livrée, il voie s’écouler sans espoir une vie d’opprobre et de honte ; que de sévères châtiments le forcent au travail et lui fassent faire sur le passé de déchirants retours !

La mort pour tant de forfaits ! La mort pour cet homme qui s’en rit et qui la brave ! Oh ! non ; ce serait trop peu !… Suivant une belle expression, vous le condamnerez à vivre.

Me Brochant se tournant vers Lacenaire :

Et vous ! vous pour qui je viens de prier ici, vous qui, né sous de si beaux auspices, avez foulé aux pieds les lois les plus saintes de la société, vous comprendrez qu’il est des rigueurs contre lesquelles vous n’avez pas prémuni votre âme.

Au milieu de vos cruelles souffrances, de vos misères sans cesse renaissantes, vous ouvrirez enfin les yeux, et, dans votre malheur, vous connaîtrez le doigt du Dieu que vous avez blasphémé ; vous inclinerez votre front devant sa puissance, et vous accepterez vos maux en expiation de tous vos crimes.

Cette plaidoirie, pleine de convenance et de logique, présentée avec un remarquable accent de conscience et de vérité, fut constamment écoutée avec intérêt. L’avocat la termina au milieu du murmure flatteur de l’auditoire et du barreau.

Lacenaire se pencha sur la barre qui le séparait de