Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/316

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des assassinats dont je suis accusé, je ne prendrais pas la parole, je m’en référerais entièrement au zèle et au talent de l’avocat que la bonté de la Cour m’a choisi.

Ce n’est pas, toutefois, par un sentiment mal entendu d’amour-propre que je prends la parole après lui ; mais, je le sens, messieurs, j’ai à vous dire des choses qui sont incompatibles avec l’exercice des nobles fonctions qu’il vient de remplir dans mon intérêt, sans l’avoir désiré, avec un zèle qui lui acquiert toute ma reconnaissance, et un talent qui, assurément, était digne d’une meilleure cause.

On a voulu, messieurs les jurés, me faire jouer un rôle qui n’est pas le mien ; en me dépeignant comme un assassin, on m’a représenté sous des couleurs assez noires pour qu’on ne me dépeigne pas sous celles plus viles encore à mes yeux de lâche calomniateur.

Je ne veux donc pas, croyez-le bien, m’occuper de ma défense ; c’est sur la véracité de mes déclarations que je prétends ne vous laisser aucun doute.

Il y a, messieurs, dans l’acte d’accusation, une série de faits qui embrasse à peu près l’époque écoulée depuis le 5 septembre 1834 jusqu’au 7 janvier 1835.

Il est essentiel, avant d’en venir à ces faits, que je vous fasse connaitre ceux qui les ont précédés.

Je suis sorti de Poissy le 12 août 1834 ; j’avais connu Avril dans cette maison de détention ; il m’avait paru un homme de caractère. Il avait recherché ma société ; nous nous étions liés d’une espèce d’intimité. Il était convenu que nous nous retrouverions dehors et que nous mêlerions ensemble nos communes industries. Je devais enfin, messieurs, fournir la tête, lui le bras.