Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/328

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Mourir jeune !… Et pourtant, même avant la vieillesse,
L’homme qui dans le crime aspira tant d’ivresse,
L’hoN’a respiré que trop longtemps.


IV


Hélas ! à ce malheur qui donc put le conduire ?
— Quand on voit le mépris où brillait le sourire,
Quand ceux qui vous aimaient trouvent dans votre cœur
Le premier des forfaits, du malheur ;
Quand la foule qui passe, à vous voir condamnée,
À votre aspect souffrant se détourne étonnée,
Froide comme un refus à quelque enfant jeté
Lorsqu’il vous tend la main après avoir chanté,

Entre vivre et mourir on voit un mot livide
Se dresser, et ce mot c’est crime ou suicide.
Devant ces deux forfaits amené pour choisir,
Brûlant de se venger plutôt que de mourir.

Il prit le crime, lui !… le crime, quel partage !
— Écrire avec du sang sa vie à chaque page !
Se dire, je tûrai, je tûrai… c’est mon sort !
Attendre chaque jour que vienne la vengeance,
Être martyr ainsi sans ciel pour récompense,
Et pour sa fiancée oser choisir la mort ;
Défier le mépris et rechercher la haine,
N’avoir rien dans le cœur de la nature humaine ;
En face du trépas, hélas ! n’espérer rien,
Penser qu’on viendra voir, ainsi qu’à quelque fête,
Son souris infernal quand tombera sa tête !
Son sQuel sort !… et c’est le sien.

Pourtant il s’était dit : L’avenir me réclame !
Oui… pour mettre à ton nom une auréole infâme ;
Oui, tu vivras, tandis que l’homme qui n’aura
Jeté sur son chemin que des bienfaits, mourra.

Car, si vous n’avez point fait pleurer sur la terre,
Si vous avez passé consolant, solitaire,
Si vous n’avez séché ni fait couler de pleurs,