Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/343

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fatale était venue ; Lacenaire jeta à terre son cigare, et s’adressant à l’un des trois hommes :

— Veuillez aller chercher mon habit bleu, s’il vous plaît, monsieur, je désire le mettre aujourd’hui.

C’était celui qu’il portait à la Cour d’assises. Se retournant ensuite vers M. le directeur de Bicêtre qui venait d’entrer avec M. Olivier Dufrène, inspecteur général des prisons de la Seine.

— Ah ! monsieur Becquerel, j’ai l’honneur de vous saluer… J’avais fait demander ce matin du papier et de l’encre afin d’écrire à ma famille, on l’a oublié… je vois qu’on est pressé. — Ce sera pour demain, ajouta-t-il avec un sourire forcé.

Il salua ensuite l’inspecteur général en lui disant :

— Monsieur Olivier Dufrène, je suis fort aise de vous voir. Je vous remercie d’être venu assister a mes derniers moments.

Les préparatifs de cette lugubre toilette se faisaient à la lueur de deux chandelles, par des aides sombres et muets, car il est d’usage qu’ils n’adressent jamais la parole au condamné. Au moment où l’un d’eux s’apprêtait à couper les cheveux à Avril :

— Ah ! ah ! lui dit le criminel, j’ai fait votre besogne, je me doutais de la chose, et avant-hier j’ai pris mes précautions… je me suis coupé les cheveux… là… voilà ce que c’est… Ah ! mettez-moi ma calotte sur la tête, il fait froid ce matin. — Puis, se levant avec vivacité. : — Allons, marchons ; adieu mes amis, dit-il encore en s’adressant aux personnes présentes.