Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/344

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CHAPITRE XLV.

Le panier à salade. ― La mutilation. ― Jugement de Lacenaire. Sa main. ― Fin mystérieuse sur François.


On partit ensuite pour Paris. Le jour était déjà levé : à la froide bise de la nuit avait succédé une température assez tiède pour faire fondre la glace des jours précédents. Le dégel avait eu lieu, et le panier à salade dans lequel étaient enfermés les deux criminels enfonçait à chaque instant ses roues dans les ornières bourbeuses de la route.

Une quinzaine de gardes nationaux en uniforme, échappés de leurs différents postes, plusieurs artistes dramatiques, des ouvriers allant à leurs travaux, et retenus sur le lieu du supplice par les apprêts de l’exécution qui avaient eu lieu aux flambeaux ; quelques dames en équipage, sortant d’un bal donné par un personnage officiel, et en quête d’émotions violentes, étaient déjà sur la place. Le reste des spectateurs se composait de filles publiques et de la lie de cette population suspecte qu’on rencontre sur le chemin de toutes les exécutions.

Avril sauta plutôt qu’il ne descendit de la voiture et se dirigea vers la guillotine d’un pas ferme et délibéré, avec les allures d’un homme qui va s’attabler à une guinguette. Lacenaire, lui, mit plus de lenteur dans ses mouvements, et, pendant que son complice était aux mains du bourreau, il s’informait de M. Allard, si telle ou telle personne était là, absolument comme un acteur prêt à entrer en scène. Il fit ensuite un petit signe au