Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/347

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Mais comme une terrible contrepartie de ce crâne menteur, on m’a montré la main de Lacenaire, conservée par un procédé chimique. C’est la chose la plus sinistre qui se puisse voir ! Cette main momifiée, aux doigts maigres et canailles, aplatis et élargis aux extrémités comme des têtes de jeunes serpents, explique la cruauté rampante de cet homme. Les poils qui la recouvrent ont des reflets sanglants lorsqu’on les regarde au prisme de la lumière. On dirait un débris de sépulcre égyptien. Elle sent encore l’odeur acre et pénétrante du baume mystérieux qui l’a maintenue jusqu’ici dans sa hideuse réalité. C’est bien là la main qui assassine les vieilles femmes dans leur lit.

Lacenaire, pris a l’improviste, au milieu de ses crimes, avait voulu se faire passer pour le vengeur des déshérités de ce monde, pour un assassin exerçant, avec sa tête pour enjeu, de sanglantes représailles contre une société marâtre. L’évidence de ce mensonge se démontre par le choix même de ses victimes, par le peu d’habilité qui présida à ses meurtres, et surtout par sa rage meurtrière contre ses dénonciateurs. Non, il n’y a pas d’assassin systématique, heureusement, encore moins d’assassin-poète ! Les vers de Lacenaire sont là pour prouver qu’il n’avait aucun droit à déshonorer ce titre divin.

Ce scélérat ne manquait pas de cette instruction vague et incomplète que donne l’éducation universitaire, mais son amour-propre démesuré lui fit prendre ces notions banales pour du talent. Placé en face de son impuissance quand il lui fallut vivre de sa plume, il ne fut pas