Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/46

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fameuse expédition de Morée, que lorsque sa bourse fut entièrement vidée.

À Valence, il se trouva littéralement sans un sol et obligé de continuer son voyage militairement, c’est-à-dire à pied. C’était même chose assez curieuse de le voir, vêtu d habits de forme élégante, mais couverts de poussière, faisant ses étapes, la canne à la main, avec l’aisance d’un promeneur du bois de Boulogne. Il avait pris son parti en brave, et fait dix-huit lieues de pays sans s’arrêter pendant les plus fortes chaleurs d’un été du Languedoc. C’est que, sous une apparence grêle, et quoique dépourvu d’une grande force physique, il avait un tempérament des plus robustes.

Soldat pour la seconde fois, il forma le projet de devenir un être purement passif au régiment ; mais, ne pouvant réussir à s’annihiler assez complètement pour rester indifférent devant les injustices, il déserta, après en avoir subi une, et regagna Lyon de nouveau. Il y arriva plein de joie et d’espoir, mais sa félicité ne fut pas longue à s’évanouir. La première chose qu’il y apprit fut la dispersion de sa famille, à l’exception d’une tante indifférente, et même hostile aux siens.

— Tu prends bien ton temps pour revenir ici, lui dit-elle brutalement ; ton père est parti avec ta mère, ton frère et tes deux sœurs, pour la Belgique. Il a fait une faillite qui nous a minées ma sœur et moi, et tous ceux de ses amis assez bêtes pour lui confier leurs fonds. Nous voilà bien lotis, maintenant !

Le premier étourdissement passé, Lacenaire s’expliqua la catastrophe par l’incapacité de son père dans le com-