Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/61

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


s’était formé aucune espèce de masse par son travail manuel, il n’avait à recevoir, avant de franchir le guichet, qu’une somme de cinq francs pour tout secours. Aussi,le jour de sa délivrance, ce beau jour, comme on l’appelle ordinairement, ne lui inspira qu’un sentiment de tristesse : car, malgré ses idées de révolte sociale, il voyait, comme tous les brigands, dans leurs moments lucides, l’échafaud dressé à l’extrémité de sa route.

Sans ressource encore une fois, le libéré alla faire des démarches chez ses connaissances, mais ce fut vainement. Il trouva toutes les portes fermées et resta abasourdi du triste résultat de ses visites. La seule chose en ceci qui nous étonne à notre tour, c’est l’étonnement de Lacenaire. Les gens du monde comprennent jusqu’à un certain point le vol chez les gens placés au bas de l’échelle sociale ou chez les individus dont l’intelligence et les ressources sont nulles, mais ils se montrent impitoyables envers ceux des leurs qui dérogent et se déshonorent en vue d’un mince résultat.

Au bout de quelques jours, Lacenaire fut obligé de tirer parti, pour ainsi dire, de sa propre détresse en troquant, moyennant un retour, ses habits à moitié usés contre d’autres plus délabrés encore. Cet argent épuisé, la misère se montra tout à fait à lui dans sa hideuse réalité ; il resta deux jours sans manger. La faim rugissant dans ses entrailles et aiguisant ses dents, les instincts de la bête de proie se réveillèrent en lui. « Oh ! si dès lors je n’eusse rêvé la vengeance, écrit-il, j’aurais tué dans la rue le premier passant, et je me serais écrié :