Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/64

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— À moi une place, monsieur le ministre !

— À moi la croix d’honneur, sire !

Quel tableau ! Et comme il subit peu de variations à chaque époque ! C’était donc un état superbe que celui de copiste dans un temps pareil. En effet, les lettres anonymes s’entre-croisaient dans l’air. Les méchancetés, les dénonciations, les trahisons rampaient dans l’ombre, en prenant leur point de départ de la boutique du calligraphe, l’homme le mieux placé en ce temps de trouble et de fermentation pour voir monter à la surface de la société la boue qui séjourne en ses bas-fonds.


CHAPITRE XI.

Le père Soubise et ses cinq filles. ― Un prince de Bohême.


À cette époque d’insouciance, de travail facile et productif, le génie du mal accorda une trêve à Lacenaire, et notre homme mena presque une bonne conduite. Il fréquentait alors, avec quelques étudiants assez brouillés avec leurs études, un taudis établi près du Luxembourg, non loin de l’endroit où fut construite depuis la Closerie des Lilas. Cette maison, d’apparence suspecte, composée d’un seul d’étage, d’un rez-de-chaussée et d’une cour encombrée des objets les plus disparates, était tenue par un nommé Soubise et par sa femme, grande créature maigre et sèche, qui traînait à sa suite cinq filles embarrassantes et rousses. Leur père était cependant un