Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/67

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père Soubise joignait des connaissances culinaires tellement variées, que lorsqu’il s’agissait pour lui de gagner deux cents pour cent sur la dépense, il improvisait des plats avec les ingrédients les plus imprévus.

Pour Lacenaire surtout qu’il avait en haute estime, il se mettait en quatre. Au besoin il aurait fait sauter pour lui une paire de gants à la poêle. Dans la soupe à l’oignon, le père Soubise avouait modestement n’avoir pas de rival. Certes, un homme ordinaire aurait pu se contenter de ces dons rares et précieux ; mais non ; il paraît que ce Protée industriel visait à l’universalité, car il avait encore trouvé le moyen, dans ses impossibles loisirs, de cultiver le violon et la guitare ! — Il fallait bien le penser, puisqu’un de ces instruments devenu monocorde avec le temps, pendait mélancoliquement au mur de son rez-de-chaussée.

Aussi, chaque fois que le vaniteux Lacenaire, qui avait les mœurs des phalènes, rencontrait la nuit quelques-uns des habitués de ce taudis, ne manquait-il pas de les interpeller ainsi :

— Allons-nous finir la soirée chez le prince ?

Ce titre élevé était le sobriquet par lequel il désignait Soubise devant les étrangers, pour les éblouir ou pour les faire poser.

— Ça y est ! répétaient les invités, allons au bal chez le prince de Soubise !

Ceux qui n’étaient point au courant de la plaisanterie ouvraient de grands yeux et refusaient la proposition, en prétextant le négligé de leur mise ; mais on leur assurait tellement que le prince était bon enfant et ennemi du