Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/70

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proposa à son ami la place de son dernier employé, ce qui fut accepté sans délai, comme on se le figure bien.

Voilà donc Lacenaire de nouveau sur le pavé. Il se remit à chercher de l’occupation sans pouvoir en trouver, mangeant les quelques sous qu’il avait économisés, et retrouvant encore la faim devant lui.

Un jour, — il ne lui restait presque plus rien, — il eut le malheur de rencontrer, justement dans la rue de Condé, devant la porte d’un Mont-de-piété, une de ses anciennes connaissances de Poissy. Après quelques paroles, celui-ci instruit de la position de son ex-compagnon, lui offrit de participer à un vol avec fausses clefs, qui devait avoir lieu le même jour.

— Nous sommes déjà deux, dit-il ; mais je déciderai mon camarade à t’adjoindre comme troisième en répondant de toi.

— Je ne suis pas bien décidé, répondit Lacenaire.

— Pourquoi cela ? dit celui qui possédait l’affaire : je te dis que tout est sûr, et qu’il n’y a pas grand ouvrage à faire.

— Parce que je risque de me faire arrêter et envoyer aux galères. Or, je ne veux à aucun prix retourner en prison, je m’y ennuie trop. J’aimerais mieux une bonne fois, refroidir quelqu’un qui en valût la peine, au moins après cela j’aurais devant moi ou de l’argent ou la guillotine.

— Comme tu voudras, alors ! — Quant à nous, nous ne sommes que caroubleurs (voleurs avec fausses clefs) pour le moment. Si c’est le pré que tu crains maintenant, tu as tort, toutes les précautions sont bien prises.

— C’est égal, fais l’affaire sans moi.