Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/88

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de rallier quelques-uns des pirates qui naviguent sur l’archipel parisien. Il n’eut pas beaucoup de peine, car il connaissait bon nombre de ces écumeurs, depuis l’affaire du cabriolet.

Il revit donc un industriel qui se livrait à un genre d’escroquerie assez commun quoique assez singulier, et il s’associa avec ce faiseur.

Leur industrie consistait à se déguiser en agent de police et à se tenir, l’œil au guet, dans certains endroits de Paris où se réfugient des hommes aux mœurs plus que suspectes. Quand ils les surprenaient en flagrant délit, ils les arrêtaient sans plus de façon, et avec l’assurance que montreraient en pareil cas de véritables gardiens de la morale publique.

Bien plus, non contents de se revêtir de fausses qualités et de faux insignes, ils poussaient l’impudence jusqu’à jouer le rôle d’agents provocateurs envers ces personnes, à l’aide de quelques misérables qui leur servaient d’appât. Quand ils réussissaient, ils rançonnaient impitoyablement ceux qui s’étaient laissé prendre à ces pièges honteux.

Ce commerce, qu’on a qualifié du nom de chantage, avait ses bons et ses mauvais temps. Dans un de ces derniers moments, un des anciens de cette partie, le nommé R…, sortit de Poissy. Il vint chez l’associé de Licenaire chercher de l’ouvrage, et tous trois réunirent leur savoir-faire contre leurs tributaires ordinaires.

Après plusieurs tentatives inutiles, R…, qui avait remarqué le caractère entreprenant et décidé de Lacenaire, le prit un jour à part, et lui dit :