Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/98

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par derrière… Mais j’ai frappé par devant. Tenez, regardez le sang qui est à ma main et à ma chemise.

Effectivement les mains et les vêtements de R… étaient ensanglantés. Il s’était servi de l’arme meurtrière. Mais par un bonheur providentiel, le coup avait porté sur le portefeuille de M. l’Avocat, en avait traversé le cuir et les valeurs contenues à l’intérieur.

— Malheureux ! — Boutonnez-vous, et mettez donc vos mains dans vos poches ! continua Lacenaire : il ne vous manquerait plus que de nous faire arrêter ; après n’avoir rien fait !…

R… obéit, et son collègue, revenu à son sang-froid, continua la conversation sur un ton bas et animé.

— C’est à n’y rien comprendre, dit-il ; rien ne me réussit depuis quelque temps !… On n’a jamais vu un pareil guignon !… Mais vous-même aussi, ajouta-t-il en s’adressant à son complice encore tout tremblant d’émotion, aller frapper un homme par devant !… C’est par trop bête…, surtout quand c’est le contraire qui est arrêté !… D’ailleurs est-ce là ce qu’on fait ? Est-ce comme cela qu’on s’y prend quand on veut en finir vite avec quelqu’un ? Vous ne savez donc pas votre métier ? Mais il est bien temps de vous parler de cela… Du reste, vous autres, vous ne faites qu’à votre tête ; on a beau arrêter un plan avec vous, c’est comme si on chantait !

— Allons, c’est vrai, j’ai eu tort, répondit R… ; mais je n’ai jamais assassiné personne encore, et je ne sais pas tout ça !… Du reste, le mal est fait ; il est inutile de récriminer à cette heure.