Page:Lamare - Histoire de la ville de Saint-Brieuc.djvu/42

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Ces scènes sont vraiment touchantes ; mais peut-être les apprécierait-on mieux encore, si l’on indiquait en même temps la place occupée par ce saint dans la vie publique. Les hagiographies n’en avaient pas le dessein : La Devison l’avoue franchement. Quand il en vient à parler de la violation de la liberté et des droits de l’Église dans la personne de Guillaume, « tout cela, dit-il, se peut voir dans l’histoire de Bretagne, où ie renuoye ceux qui seront touchez d’vne loüable curiosité de s’en vouloir informer plus amplement. »[1]. C’est dans une simple note qu’il indique la conduite de Guillaume à l’égard de Pierre Mauclerc.

Pierre de Dreux, dit Mauclerc, était devenu duc de Bretagne, en épousant Alix, héritière du duché. Alix avait de plus des prétentions sur le Penthièvre, que possédait, avec plusieurs autres seigneuries, un descendant d’Eudon, Henri, surnommé plus tard Avaugour. Pierre Mauclerc dépouilla de ses domaines Henri d’Avaugour et se tourna ensuite contre le clergé, en s’appuyant sur la noblesse, qui s’était emparée de beaucoup de biens ecclésiastiques. « Il se servait de la noblesse, dit dom Lobineau, pour abattre le clergé et l’attaquait ensuite pour établir sur les ruines de l’un et de l’autre une autorité plus absolue que celle de tous ses prédécesseurs. » Si ce prince a eu recours trop souvent à la violence et à la perfidie, en poursuivant l’unité du pouvoir, on doit reconnaître qu’il a montré dans cette recherche un esprit élevé et des talents supérieurs. Dom Lobineau l’avait compris puisqu’il ajoutait : « Il est vrai que le duc était violent dans ses manières, qu’il n’avait pas assez de respect pour l’Église, et qu’il s’emparait sans aucune considération de ses biens, quand il en avait le moindre prétexte ; mais toutes ses prétentions n’étaient pas également injustes et, quand on le regardait comme un autre Néron, c’était faire de lui un portrait qui ne lui convenait pas. »[2].

  1. Vie de saint Guillaume, p. 143.
  2. Histoire de Bretagne, par dom Lobineau» p. 207 et 223.