Page:Lamare - Histoire de la ville de Saint-Brieuc.djvu/63

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guerre civile ; mais, au moment d’engager le combat, l’armée ducale fit défection. On s’entendit pour hâter la perte de Landais. Il fut arrêté, jugé et exécuté, presque à l’insu du duc (1486).

François II ne fit que changer de tuteur et devint un instrument passif entre les mains des nombreux prétendants à la main d’Anne, sa fille. Entraîné dans une guerre contre la France, il fut vaincu à Saint-Aubin-du-Cormier, en 1488, et mourut, la même année, laissant son duché sous l’influence française.

On s’était donc beaucoup agité en Bretagne, on avait beaucoup crié, sans porter de grands coups, contrairement à la coutume de notre belliqueux pays ; aussi plusieurs auteurs ont-ils comparé ces rencontres à des batailles d’oiseaux. On en trouve le piquant tableau dans le Compendium, ou abrégé historique, de Jean Rioche, cordelier du couvent de Saint-Brieuc, au xvie siècle : « En Bretagne, dit-il, une grande querelle s’éleva (en 1484), entre le duc et ses barons, à l’occasion du trésorier Landais. Tout cela c’était brandons de guerre. Aussi un Allemand, dans ses additions sur Palmiéri, rapporte que, vers l’an 1484, les geais et les pies, rassemblés sur un espace de quelques milles et se livrant en l’air un grand combat, donnèrent aux Bretons un prodigieux spectacle. Nous-même nous avons su de nos anciens, par une tradition qui dure encore, que cette bataille s’était donnée au lieu dit Malhala, non loin de la ville de Saint-Brieuc. » L’auteur indique ensuite la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, la mort du duc François II et le mariage de Charles VIII et d’Anne de Bretagne, puis il ajoute : « telle fut la conclusion de la guerre des pies et des geais. »[1].

Où faut-il chercher l’explication de cette boutade, sinon dans le regret avec lequel les Bretons, si français de cœur, accueillirent tout d’abord, à l’exemple de la duchesse Anne, la réunion de leur province à la France ? Cette

  1. Compendium temporum et historiarum ecclesiasticarum, ab Ascensione Christi usque ad nostra tempora, authore fratre Johanne Rioche, Parisiis, 1576. — Cité par M. de La Borderie, dans la Galerie bretonne, 1881.