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MÉDITATIONS

Mes frères lassés de mes maux ;
En vain je m’adresse à leur foule :
Leur pitié m’échappe, et s’écoule
Comme l’onde au flanc des coteaux.

Ainsi qu’un nuage qui passe,
Mon printemps s’est évanoui ;
Mes yeux ne verront plus la trace
De tous ces biens dont j’ai joui.
Par le souffle de la colère,
Hélas ! arraché de la terre,
Je vais d’où l’on ne revient pas :
Mes vallons, ma propre demeure,
Et cet œil même qui me pleure,
Ne reverront jamais mes pas !

L’homme vit un jour sur la terre
Entre la mort et la douleur ;
Rassasié de sa misère,
Il tombe enfin comme la fleur.
Il tombe ! Au moins par la rosée
Des fleurs la racine arrosée
Peut-elle un moment refleurir ;
Mais l’homme, hélas ! après la vie,
C’est un lac dont l’eau s’est enfuie :
On le cherche, il vient de tarir.

Mes jours fondent comme la neige
Au souffle du courroux divin ;
Mon espérance, qu’il abrége,
S’enfuit comme l’eau de ma main.
Ouvrez-moi mon dernier asile :
Là, j’ai dans l’ombre un lit tranquille,
Lit préparé pour mes douleurs.